L’école démocratique doit-elle jouer un rôle dans la transition écologique ?

Une contribution de Ramin Farhangi, créateur de l’Ecole Dynamique à Paris.

Il s’agit d’une réponse à une question que lui a soumise Sophie Rabhi :

Nous préparons les jeunes à devenir des citoyens du nouveau paradigme : gouvernance horizontale, liberté de se choisir et de vivre ses talents spécifiques, jouer, être pleinement vivant, etc. Or, aujourd’hui encore, la plupart de nos objets du quotidien sont basés sur l’esclavage moderne et la destruction de la nature. De fait, les jeunes peuvent se reposer et jouer pendant que, à l’autre bout de la planète, il y a des « esclaves » qui fabriquent leurs chaussures, leurs stylos billes et leurs téléphones portables, et parce qu’une belle portion de la terre-mère est sacrifiée à l’autel de tous ces objets. 

Comment penses-tu que l’école démocratique doit permettre de vivre avec cette conscience là ? Concrètement, comment cela se traduit-il au quotidien d’un membre qui grandit dans cette société ?
La réponse de Ramin Farhangi :
 
Cette question est liée à LA grande et profonde question « quelles sont les valeurs centrales de notre école ? ». Il faut que ces valeurs soient suffisamment claires pour que le Conseil d’Ecole connaisse clairement le cap qu’il poursuit. Toutes les discussions en Conseil d’Ecole sont alors cadrées par cet horizon vers lequel on s’efforce de cheminer en permanence, de la manière la plus intègre possible. Dans le cas d’une école démocratique, on poursuit les valeurs de liberté + égalité, et le Conseil d’Ecole réfléchira donc en permanence à une interprétation de la liberté et l’égalité, qui se déclinent en des règles de vie commune ayant le consentement de l’ensemble des membres.

Je partage les valeurs écologiques, mais je pense que l’école démocratique n’a aucun rôle là-dedans. C’est l’affaire personnelle de chacun. Pour ma part, je viens récemment d’arrêter d’utiliser du papier toilette. Je n’utilise plus de déo. Je n’achète plus que des vêtements bio, éthiques et Made in France. Je minimise le temps passé sous la douche au strict minimum. Je mange 100% bio et presque 100% végétarien. Zeÿa ne consomme aucune couche jetable et il fait une partie de ses besoins dans un bol. J’aurai le bonheur d’utiliser des toilettes sèches une fois en Ariège et poursuivre ma progression vers la sortie de la société de consommation dans la mesure du raisonnable… A partir de Septembre, je compte même drastiquement réduire mon utilisation d’internet, sachant que chaque mail, chaque post Facebook génère une consommation non-négligeable d’énergie, qui fait tourner des data-centers, qu’il faut refroidir à base d’énergie principalement oil&gas ou nucléaire, ce qui maintient notre dépendance aux énergies fossiles et nous entraîne, entre autres, dans des guerres au Moyen-Orient. Donc ce mail peut aussi être considéré comme une violence. Et à chaque fois que je me rapproche d’un pas vers une vie plus simple et que je constate ce que j’arrête d’alimenter, je suis super content. Je fais tout cela sans avoir le sentiment de sacrifier un quelconque confort. C’est plutôt le contraire ; je me sens vachement mieux. Je fais tout cela avec enthousiasme, et je partage mes petites victoires sur Facebook dans la joie, en espérant que l’empreinte écologique de ce post sera largement compensée.

Tout ceci étant dit, il ne me viendrait jamais à l’idée de proposer des règles à un Conseil d’Ecole pour institutionnaliser quoi que ce soit là-dessus, ou promouvoir le boycott de quoi que ce soit en tant qu’institution.

On pourrait amener l’argument que pour protéger la liberté, on doit aussi s’intéresser à celle des enfants chinois exploités, donc interdire le Made in China à l’école. Je le conçois, mais le Made in China étant si accessible à deux pas et à quelques euros (c’est malheureux, mais c’est la réalité actuelle), le fait d’interdire l’accès à cela me semble bien plus liberticide que le fait de le permettre, et je plaiderais contre une telle proposition d’interdiction. En général, je pense que les interdictions sont essentielles à une vie collective viable, mais sont injustes et inefficaces quand elles concernent les croyances et pratiques de chacun. Par exemple, certains croient rendre service aux Chinois en achetant du Made in China ; je sais, ça a l’air fou, mais ils y croient vraiment, donc leur interdire le Made in China serait vu par eux comme violent et injuste. Je suis davantage pour incarner ce que je prêche dans la mesure de possible, avoir confiance que c’est suffisamment attractif en soi pour ne pas avoir à faire de prosélytisme, car ce serait contraire à la valeur qui surplombe toutes les autres : la liberté.

Certaines écoles, ceci dit, ne souhaitent pas poursuivre purement la liberté et l’égalité comme uniques valeurs, donc ne souhaitent pas forcément être démocratiques au sens le plus pur du terme. Certaines écoles se sentent la responsabilité d’éduquer les enfants au changement de ce monde, et de porter un message. On parle du mouvement de pédagogie critique, et peut-être que tu reconnaîtras dans cette définition qu’elle est effectivement dans l’ADN de la Ferme des Enfants depuis le départ. Si l’écologie fait partie de vos valeurs et que la Ferme des Enfants a vocation à promouvoir l’écologie en son sein et vers l’extérieur, alors il suffit simplement de l’assumer jusqu’au bout et s’afficher tel quel, et dans ce cas, je ne verrai ni de problème à :
1) Réfléchir à des contraintes écologiques en Conseil d’Ecole et les appliquer
2) Inviter de manière intentionnée à questionner les enfants sur leurs pratiques en espérant que l’exercice de maïeutique les amène progressivement face à leurs contradictions, et qu’ils examineront sérieusement leurs choix de consommateurs occidentaux.

Concernant le village, notre intention est de poursuivre l’écologie comme une de nos valeurs centrales, mais nous ne réglementerons rien. Ce sera plutôt dans l’ADN culturel du village et dans la conversation permanente.

J’ai cru comprendre que toutes les familles inscrivant leurs enfants à la FdE sont plus ou moins dans cette démarche écologique, donc…… pourquoi pas ? Du moment que les familles savent où elles mettent les pieds et y adhèrent, dans la limite où une école ne met pas la société entière en danger en incitant par exemple à la haine raciale ou autre, je suis ouvert à tout je soutiens d’ailleurs le pluralisme et l’idée que chacun puisse avoir accès à une école choisie…

.. et non à une école où on va par défaut, supposément obligatoire, laïque et gratuite, alors qu’elle est optionnelle, uniforme et publique. Voilà qui est dit !

Ramin Farhangi

Source : L’école démocratique doit-elle jouer un rôle dans la transition écologique ?

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