Les intelligences multiples à l’école

Comment enseigner en prenant en compte la personnalité et les modalités cognitives de chacun de ses élèves ?

La publication dans le n°68 de la revue Cerveau&Psycho [1] du dossier concernant « Les Intelligences Multiples »  incite le monde enseignant à porter un regard attentif à la Théorie d’Howard Gardner. Notre équipe [2] y travaille depuis 2007 et poursuit ses expérimentations dans différents écoles et collège –particulièrement en Seine et Marne.

Nous avons trouvé dans la théorie des Intelligences Multiples définie par Howard Gardner un cadre nous permettant d’organiser l’enseignement de façon à offrir à tous les élèves la possibilité d’entrer, avec confiance, dans l’apprentissage de la connaissance visée.
Nous venons ici vous faire part de notre expérience et de l’état de notre réflexion aujourd’hui.

Qu’apporte la connaissance de soi à travers le filtre des IM [3] ?

A l’élève, elle permet d’avoir conscience de ses capacités et confiance en ses possibilités d’apprentissage. Dans ce but, nous proposons aux élèves des jeux ou activités sous différentes formes qui dépendent de leur âge et suffisamment variés pour permettre à leurs différentes personnalités d’être respectées. Par exemple en maternelle, l’enseignant offre à l’élève d’exprimer ses préférences dans le cadre d’espaces intelligences multiples ou de coins intelligences multiples.

Salle des intelligences
salle "IM"
– Une salle « IM » est installée et mise à disposition des classes pendant une semaine deux à trois fois dans l’année scolaire. Les élèves y passent deux à trois fois une vingtaine de minutes avec leur enseignant qui prend en note leurs préférences.

– La salle de classe peut aussi être aménagée en coins intelligences multiples. Un coin naturaliste peut comporter des objets de la nature bien classés dans des boîtes ou tableaux. Un coin puzzles permet de satisfaire les élèves à dominante visuelle-spatiale et/ou logique-mathématique.  Etc.

Les enseignants regroupent leurs observations dans un tableau récapitulatif qui leur permet d’obtenir le profil de leur classe. En classe élémentaire, les élèves sont invités soit à partir d’un objet personnel, soit à travers un conte, ou par l’intermédiaire de choix d’images, à construire leur personnalité IM.

La connaissance de la diversité de ses points forts différents ou communs à d’autres élèves permet à chacun de prendre confiance en soi. L’enfant, dont la sécurité affective est alors assurée,  se donne l’autorisation d’essayer de développer ses intelligences en sommeil, particulièrement celles nécessaires dans le parcours scolaire : verbale-linguistique et logique-mathématique.

Pour l’enseignant, cette connaissance lui permet de comprendre et dominer ses choix pédagogiques.

Portrait IM de Matthieu construit à partir d’un choix d’images
portrait IM de Matthieu

Lors des nombreuses conférences faites par Véronique Garas pour présenter les applications pédagogiques de la TIM[4], peu d’enseignants osent se déclarer intelligents. En établissant leur profil IM, ils découvrent que les intelligences verbale-linguistique et logique-mathématique ne sont pas forcément celles qui sont les plus développées, alors que dans le concret de leur métier, ils doivent les solliciter prioritairement.

Quel bénéfice pour l’enseignement ?

Connaître les profils IM de ses élèves facilite pour l’enseignant la mise en œuvre de séquences prenant en compte leur diversité.

Les activités prenant appui sur les intelligences multiples peuvent être adaptées à chaque classe et à chaque situation d’apprentissage selon les besoins sans nécessiter d’autre intervenant, simplement une organisation matérielle spécifique, principalement des ateliers. Elles convergent vers un enseignement différencié – ne signifiant pas nécessairement « particularisé »- : on peut imaginer qu’une même activité soit proposée à tous, avec un cheminement qui solliciterait tel type d’intelligence à certains moments, et à d’autres tel autre type et tiennent compte des ressources personnelles, des acquis et des intérêts de chaque personne.

L’enseignant, progressivement, parvient à mieux cerner les difficultés rencontrées par chacun de ses élèves et trouve des pistes de solutions face aux élèves « résistants » à certains apprentissages.

Quelles modalités pratiques mettre en œuvre ?

Voici un exemple de « module Intelligences Multiples » qui permet la mise en œuvre de cette théorie en classe.

Il s’agit ici, pour des élèves de cycle 2, d’aborder le domaine des « grandeurs » en travaillant la notion de « masse », (appelée plutôt « poids » dans le langage courant). L’enseignant choisit plusieurs ateliers, quatre à la fois au maximum, qu’il propose à ses élèves lors d’une première séance en fonction de leurs intelligences dominantes. Il en présentera d’autres lors de séances ultérieures, jusqu’à ce que  tous les élèves aient pu travailler les ateliers considérés comme nécessaires pour atteindre les objectifs de ce module. Dans ce module, ce sont les ateliers à dominantes naturaliste et logique mathématique), qui sont nécessaires.

Ce topogramme permet d’avoir une vue d’ensemble de la séquence d’enseignement construite pour acquérir la compétence ciblée..

Pour tenir compte de la complexité du profil de leur classe, et mettre en œuvre une telle séquence, les enseignants s’appuient sur un recueil de données tableau observables qui regroupe les observations prises lors des séances de découvertes des intelligences des élèves.
Celui-ci, une fois complet, donne une vue d’ensemble des intelligences dominantes de chaque enfant.

Un témoignage d’enseignant…

« J’ai découvert la théorie d’Howard Gardner et ses applications pédagogiques en 2013. Utiliser les Intelligences Multiples a créé une vraie révolution dans mes pratiques pédagogiques, mes rapports aux élèves et à la matière que j’enseigne. Ce n’est pas loin d’être une martingale! » Erwan Le-Dain, professeur d’histoire-géographie en collège

Voici ce qu’apportent les IM au collège :

Niveau individuel
Pour l’élève :  Acquisitions de réflexes de travail / Appropriation de plus en plus rapide des documents de travail / Autonomie / Motivation, plaisir de travailler / Prise de conscience de ses progrès dans toutes les intelligences / Travail plus soigné / Rapport au travail plus positif
Pour l’enseignant : Relecture stimulante des programmes, des pratiques pédagogiques / Rapport à l’élève qui change. (accompagnement) / Rapport aux parents différent (lecture différente de leur enfant)

Niveau du groupe
Pour l’élève : Leadership qui change selon les ateliers / Mimétisme qui amène les décrocheurs à rester dans un travail / Ambiance de travail dynamique
Pour l’enseignant : Interdisciplinarité plus ouverte / Communication permanente au sein des équipes

En guise de conclusion…

Pour nous, le filtre des Intelligences Multiples facilite l’acte d’enseigner en permettant concrètement la prise en compte de la diversité des élèves et facilite également l’acte d’apprendre  en donnant aux élèves des clés pour comprendre leur propre fonctionnement et ainsi avoir confiance en leur possibilité de progrès.

Claudine Chevalier, professeure certifiée de mathématiques, formatrice honoraire ESPE de Créteil-UPEC.

Véronique Garas, DEA (Directrice d’Ecole d’Application), co-coordinatrice à l’ESPE de Créteil-UPEC, Seine et Marne, titulaire du master en Sciences de l’Education.

[1] L’émission La Tête au Carré de France Inter du 11mars 2015 s’en ait fait l’écho, à écouter ici
[2] Enseignants, enseignants-chercheurs et formateurs de l’ESPE de Créteil-UPEC
[3] IM pour Intelligences Multiples
[4] TIM : notre sigle pour « Théorie des Intelligences Multiples »

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