Rêves d’éducation… ou le Printemps nantais

Rencontre avec Isabelle de Lisle, co-coordinatrice (avec Charlotte Niort), des actions nantaises depuis 2013.

Quelle est l’origine de ce comité local ?

Des valeurs et des rencontres. J’ai entendu parler du Printemps de l’éducation au printemps 2013. J’ai tout de suite été enthousiasmée par ce mouvement qui correspondait à mon souhait de vivre (enfin !) à l’échelle collective le nouveau paradigme éducatif pour lequel j’œuvrais déjà à titre individuel comme coach en éducation émotionnelle. Que nos enfants s’épanouissent, oui mais pas dans une société bancale. Pour moi, c’était une urgence !
Quelques semaines après, je rencontrais Charlotte Niort, très motivée également par le sujet du renouveau éducatif avec laquelle j’ai organisé la 1ère réunion d’information des sympathisants nantais en octobre 2013. Au total et dès ce premier rendez-vous, une trentaine de participants : parents, enseignants, éducateurs, thérapeutes, mais aussi des représentants d’associations de parentalité, de formation alternatives, des écoles… la majorité en quête de sens, de vivre ensemble, de renouveau éducatif et sociétal ; la plupart souhaitant sortir de l’isolement. Ce fut une rencontre humaine, à l’image du Printemps de l’éducation.

Inspiré de la campagne (R)êves d’école organisée en partenariat avec Colibris et le Printemps de l’éducation à l’automne 2014, le nom Rêve(s) d’éducation s’est imposé très vite à nous comme nom pour notre collectif. Nous avons tant besoin de rêver une autre éducation pour innover et co-créer à la hauteur de nos rêves…, pour sortir du cadre rapetissant dans lequel nos systèmes s’enferment peu à peu. Nous, parents et professionnels de l’éducation sommes dans une quête mais aussi dans l’expérimentation de nouvelles façons de faire, d’être et de vivre ensemble.
Nous nous présentons comme des éducateurs-chercheurs qui construisent de l’intérieur pour manifester notre essence à l’extérieur. Sans cette démarche, tout reste en surface. Il me semble qu’à l’ère du changement, la prise de conscience vient de l’évolution des besoins humains. Notre organisation sociétale, complexe, rapide, individualiste et parfois virtuelle, nous éloigne de nos besoin de sens, d’affectivité et de profondeur. Or, ce qui est commun à notre comité local, c’est la culture de l’être justement, au-delà des savoirs et savoir-faire !

Alors, justement, comment construire ensemble ?

Petit à petit… S’il est vrai que la question du sens est primordiale, après avoir pensé à rassembler nos valeurs communes dans une charte, notre groupe a souhaité être « acteur du renouveau » en lançant des chantiers. Mais beaucoup de question se sont posées et la réflexion prend du temps : quelle stratégie adopter localement ? Travailler sur l’identité du Comité local pour agir ensuite? Ou inversement ? Comment aller parler avec les responsables politiques locaux ? Pas facile de se positionner face aux institutions existantes et d’affirmer sa légitimité sans ancienneté. Nous avons toujours souhaité impulser des projets avec le souci d’une réelle innovation et créativité, surtout ne pas dupliquer l’existant.

Après la 1ère réunion, nous avons commencé par envisager l’organisation d’un évènement local : un Salon de l’éducation innovante ou bien une journée co-organisée avec l’Ecole de la deuxième chance… mais même si la motivation et la pertinence de ces actions nous a porté un temps, nous n’avions pas en moins d’une année, suffisamment récolté de moyens humains et financiers.
Alors, mi 2014, nous avons opté pour la stratégie des « petits pas » pour agir en douceur, en tâtonnant, en prenant même notre temps, mais toujours avec sens. Nous avons participé à des évènements locaux  pour se faire connaître : la Faites de la paix à Vertou en août 2014, le village Alternatiba en septembre 2014. Dans l’idée d’être « intégratif » et donc tout proche de l’institution, nous avons construit un projet collectif en groupe plus restreint : des ateliers de développement personnel à l’Ecole, porté par une des associations du groupe.
Il y a aussi une expérience de café de parents dans l’école menée par Charlotte. Un groupe COM à proposé spontanément l’idée de « temps informels et conviviaux »  et organise depuis un an, des Récréations pour que chacun prenne le temps de se connaître, sans autre enjeu, au sein du Comité local. Enfin, nous allons bénéficier du soutien d’un événement local La semaine zen en juin 2015 pour y tenir un village Education. Ce sera la 22e étape du Tour de France du Printemps de l’éducation. Cet événement est une deuxième édition et est en train de prendre forme pour se développer. Nous espérons y être à terme de vrais partenaires.

Peux-tu nous parler de l’expérience que vous menez à l’école nantaise Ange Guépin ?

Au fil de l’eau, nous avons constaté que le rassemblement en grand groupe était devenu complexe (une centaine de personnes sont inscrites à notre liste de diffusion locale), alors nous avons pensé qu’il était préférable de commencer par travailler par petits groupes autour de projets concrets. Nous souhaitions par exemple créer un projet qui favorise l’intelligence collective et émotionnelle et introduise une nouvelle posture pédagogique à l’école, toujours en lien avec notre culture du « savoir-être ». Dans le cadre de l’aménagement des rythmes éducatifs (ARE), une école ouverte de pédagogie Freinet qui fait partie de notre réseau, a accepté d’accueillir cinq professionnelles qui ont mis en place sur l’année 2014-15 des ateliers de massage, yoga, biodanza, peinture Arno Stern, et écriture émotionnelle (approche Communication Non Violente).
Les deux cycles de l’école primaire sont concernés. Des enfants s’engagent volontairement pour un projet dans la durée (un atelier dure environ un trimestre). Ce format d’expérience présenté ici en vidéo est un véritable laboratoire  qui permet d’analyser les pratiques dans un mode d’inter-vision au sein du groupe, pour permettre à chaque professionnel d’évoluer mais aussi pour développer l’action avec d’autres pratiques selon les besoins, et dans d’autres lieux éducatifs. Nous pensons aux collèges pour une prochaine étape.

Où en est votre réflexion concernant le développement de ce comité ?

Autant la vision du Printemps de l’éducation est claire au plan national et se manifeste à travers sa communication, autant notre projet de développement local et notre énergie pour fédérer de nouveaux acteurs ou de nouveaux projets, ne se pense pas de manière évidente. Il s’agit de démarches militantes et qui demandent de savoir doser la part d’implication personnelle pour qu’elle n’impacte pas les autres sphères de la vie. C’est mon cas et celui des autres personnes qui font partie du cercle de pilotage.
Depuis la rentrée de septembre 2014, j’ai trouvé une opportunité de réflexion extérieure. Je suis chargée d’enseignement dans le supérieur en école de marketing et communication.  Dans le cadre d’un séminaire pour un petit groupe d’étudiants de 4ème année, autour du thème « Marque et stratégie événementielle », j’ai proposé une réflexion collaborative : « Identifier les positionnements et  axes stratégiques de la communication de notre comité à travers la prochaine étape du Tour de France ». Mon objectif pédagogique étant l’approche Think global, Act local. Bien que ce cas ne soit qu’un comité naissant dans une association récente et un simple projet d’événement dans l’événement, il a passionné les étudiants qui ont réalisé entre autres, un mini audit des étapes ayant déjà eu lieu, et des préconisations très pertinentes. Certaines problématiques qui ont émergé pourraient devenir le sujet d’un atelier lors des Rencontres Nationales : comment  la communication d’un comité peut-elle dépeindre à la fois de l’indépendance et  de la créativité locale tout en étant en cohésion avec la stratégie nationale du Printemps de l’éducation ? Face au risque de l’image idéaliste, par quels axes de communication affirmer concrètement et localement sa crédibilité ? Comment faire d’un événement local, une opportunité d’expérience à modéliser ?

J’en suis au stade ou je prévois de compiler les recommandations faisant écho à ces questions. Le projet étant de nous permettre d’avancer dans notre stratégie ici, mais aussi dans une démarche d’apporter notre contribution à la réflexion commune.

Quel serait le mot de la fin ?

J’ai la sensation que nous sommes en train de construire à la fois en un lieu et en même temps que d’autres ailleurs… avec un plan lui-même en construction et  que nous ne pouvons pas encore voir l’ensemble de ce qui se construit. Il y a eu pas mal d’essoufflement pour certains acteurs qui parent à leurs priorités. Depuis peu, il y a de nouvelles personnes qui nous rejoignent à Nantes avec les mêmes rêves, la volonté, la conscience du chantier et le temps de nous aider. Nous avons hâte aussi de participer aux Rencontres Nationales les 21 et 22 mars 2015 avec les autres comités locaux français et concrétiser ce lien d’appartenance. A bientôt donc !

page Facebook Rêves d’éducation 

Propos recueillis par Blandine Swyngedauw

photo réalisée par les Cré’Alters, photographe Jean-Félix Fayolle lescrealters.org

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