Diversité éducative, l’analyse d’une jeune anthropologue

Pascaline Fichet, tout juste diplômée d’un master 2 en Anthropologie, nous livre son analyse à propos de la diversité éducative après trois mois de stage au Printemps de l’éducation. Merci Pascaline !

 

arbre et mainsDe quoi parle-t-on lorsque l’on traite de la diversité éducative?

Généralement, le concept de diversité est associé à celui de culture, de classe sociale, de race, de genre ou encore de religion. A quoi se réfère-t-il lorsqu’il traite d’éducation ? Durant mes trois mois de stage au Printemps de l’éducation, cette notion s’est placée au cœur de mon travail de traitement, d’analyse et d’organisation des ressources du collectif citoyen. Avant mon arrivé, riche de mes expériences de recherche en éducation indigène, la diversité éducative se référait pour moi à différentes manières d’enseigner, d’éduquer, grâce à des acteurs divers et dans des contextes variés. Dans le même temps, elle reflétait le vaste et vague univers des pédagogies alternatives que je connaissais encore très peu. Très vite, je me suis aperçue que cet imbroglio de termes (éducation, instruction, enseignement, pédagogies, apprentissage, approches, etc.), faisait débat au sein des acteurs de ce que l’on appelle la diversité éducative. Par conséquent, loin de prétendre offrir une définition appropriée de cette notion, je souhaiterais plutôt faire part ici de mon expérience de familiarisation avec cet univers.

Des échanges avec des personnes de mon entourage, généralement novices en la matière, m’ont amenée à prendre conscience que, dans l’imaginaire d’un grand nombre de personnes, la diversité éducative est avant tout perçue au prisme des pédagogies alternatives les plus connues, à savoir Montessori, Freinet et Steiner. Au-delà de cette vision réductionniste de la notion, l’une des missions du Printemps de l’éducation est d’inviter à sa compréhension dans une plus large mesure.

Pour le collectif, la diversité éducative regroupe un vaste ensemble de dispositifs, d’approches, de pratiques, démarches et projets innovants en matière éducative, pédagogique et scolaire. Destinée à tous les publics, indépendamment de leur âge, sexe et statut, elle soutient une transition éducative allant au-delà du modèle d’éducation formelle et propose des outils pédagogiques innovants. Elle vient ainsi interroger l’idée communément admise et le constat sociologue avéré, que l’éducation concerne majoritairement les plus jeunes et qu’elle est progressivement déléguée à l’école, institution d’apprentissage par excellence.

La diversité éducative, telle qu’elle est promue par le Printemps de l’éducation, peut être comprise à travers trois points d’ancrage mutuellement interconnectés, à savoir : les lieux, les publics, et les manières d’apprendre et de transmettre des connaissances.

Loin de considérer l’école comme seul et unique lieu d’instruction, elle envisage d’autres lieux propices à cette transmission et éducation, au rang desquels se trouvent la famille, via l’instruction en famille, la nature rurale ou urbaine au cœur de laquelle s’implantent par exemple les fermes pédagogiques, les écoles différentes venant donner un nouveau visage aux conditions d’enseignement, ou encore la rue. Elle tend à montrer que chaque lieu peut devenir le berceau et vivier d’un apprentissage personnel et collectif.

Par ailleurs, si l’éducation est souvent perçue et adressée à un public jeune, la diversité éducative met en avant la pratique d’un apprentissage tout au long de la vie. Au service de tout individu soucieux de continuer à se former, transmettre et recevoir, elle offre à tout un chacun, du haut de son statut d’enfant, d’adolescents, d’adulte, de parent, de senior, de professeur, de formateur, la possibilité de devenir à sa manière acteur de la diversité éducative.

Au-delà des pratiques pédagogiques formelles, la diversité éducative met en lumière des manières d’enseigner et d’apprendre autrement. On les retrouve notamment dans la pratique d’approches et de courants pédagogiques dits alternatifs, les techniques de communication non-violente, etc. Par ces méthodes, elle invite à prendre conscience et connaissance de son être et de l’environnement dans lequel il évolue, à développer la confiance en soi, la sérénité, le bien-être et la joie dans son processus d’apprentissage et d’interactions avec les autres.

La médiathèque et l’annuaire du Printemps, qui seront bientôt remis en ligne, ont pour objectif de refléter cette diversité éducative et le large panorama d’acteurs qui y participent. Les ressources qui y figurent sont une invitation à la découverte des écoles innovantes, de leurs modalités de création, de la formation des éducateurs quels qu’ils soient, ou encore de la parentalité et des relations intergénérationnelles. Ces outils participatifs se présentent comme une invitation à communiquer, échanger et partager notre conception et pratique de la diversité éducative, aujourd’hui encore à l’état de construction.

Par conséquent, la diversité éducative apparaît comme un grand ensemble au sein duquel se retrouvent, s’échangent et se partagent des valeurs et pratiques tournées vers une vision différenciée de l’éducation. Elle reflète aussi une tentative de déconstruction des principes et méthodes définis et utilisés par l’éducation formelle. Sans en faire l’impasse, en rejeter ses fondements, ou même promouvoir une vision manichéiste de la situation, elle tend à souligner la richesse de ces univers variés et contribue à explorer les modalités d’un apprentissage de savoir-vivre, être et faire ensemble.

Toutefois, si l’on s’attache un tant soit peu à sa large composante : la diversité, son observation pose question. S’il est certain, qu’en termes de pratiques, de lieux, de méthodes et d’approches mobilisées, elle semble corréler aux principes qu’elle défend, qu’en est-il de son public ? Cette diversité éducative peut-elle être dans le même temps sociale ? Il semblerait que, sous couvert d’une grande capacité d’ouverture et d’intégration, celle-ci ait un coût. Pourquoi ? A qui s’adresse-t-elle ? Par qui est-elle promue et exercer ? A quelles fins ? Il semble difficile de tirer des conclusions après si peu de temps passé au sein du Printemps de l’éducation. Néanmoins, une étude socio-anthropologique de la diversité éducative, telle qu’elle est en projet, serait forte d’intérêt et nous permettrait de venir éclaircir ce vaste concept qui, s’il requiert l’adhésion des membres de la communauté, suscite encore beaucoup de débats quant à sa définition, sa compréhension et sa composition.

 

Lire le mémoire de Pascaline Fichet, « L’éducation indigène interculturelle et la formation des professeurs Guarani-Kaiowa dans la région de Dourados, Mato Grosso do Sul, Brésil »

 

 

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