D’où et comment repenser l’éducation ?

pour quitter un modèle et ouvrir une perspective évolutive

Suivre une piste…
Cprintemps 4et article n’a pas vocation à donner une solution à la question éducative. Il souhaite simplement offrir une piste, à l’écart de nos évidences, que le lecteur pourra suivre à son gré en suivant les traces laissées par les sous-titres en gras qui lui permettront de ne pas se perdre en chemin et peut-être de découvrir une cohérence qui pourrait ouvrir de nouveaux sentiers…
Quitter nos évidences…
Il y a des choses qu’on ne pense plus ou que l’on peine à penser tant elles sont pour nous devenues une évidence. Le domaine de l’éducation n’échappe pas ou peu à ce champ d’évidences dont on à peine à sortir tant on ne sait plus d’où elles trouvent leur origine et tant elles dépendent d’un fonds de pensée qui échappe dans son angle mort à notre regard critique. Rien n’est plus difficile que de sortir d’un réseau d’évidences surtout lorsque celui-ci s’enracine dans une spécificité culturelle et linguistique. Nous sommes pris dans la pensée de l’Être qui investigue le « Qui suis-je » ou le « ce que sont les choses ». Celle-ci remonte à la période des philosophes grecs, qui se pose en soubassement de notre culture, raison pour laquelle il nous est très difficile de nous en défaire un moment pour penser le monde autrement. L’intelligence, quel que soit ses domaines d’application, opère dans nos contrées par segmentation, division, abstraction, pour dégager l’intelligible et se former une « vision ordonnée » des choses. Cette vision, dégagée qu’elle est des phénomènes dans leur mouvement, opère en position « méta » vis-à-vis du réel dont elle investigue les formes fondamentales. De là vient que dans nos recherches pédagogiques nous ayons tendance à chercher le modèle parfait plutôt qu’une dynamique viable, situationnelle et adaptée aux enjeux de notre époque.
Partageons quelques unes des évidences qui continuent encore d’imprégner notre matrice culturelle et éducative. Il est évident que le socle commun de toute éducation repose sur la lecture, l’écriture et les mathématiques. Il est évident que l’enfant a besoin de l’adulte pour acquérir des savoirs. Il est évident que l’acquisition de connaissances est au cœur de toute éducation qui se respecte. Il est évident que l’enfance est une période spécifique de la vie qui prépare à l’état stabilisé et mâture de l’âge adulte. Il est évident que toute pédagogie doit s’inscrire dans une méthode pour donner des résultats . Il est « encore » évident que les progrès de l’enfant doivent être mesurées pour lui permettre de… ?
Nous pourrions ainsi continuer la longue liste qui définit nos modes de fonctionnement « éducatifs » sans que nous puissions en confirmer la réelle pertinence sur le terrain au regard des résultats constatés. Car, à y regarder de plus près, le climat général est plus à l’échauffement qu’au réchauffement : enfants, parents, pédagogues peuvent se sentir épuisés par un système qui ne parvient plus à renouveler ses modes de pensée et ses pratiques pour simplement épouser les tendances de notre époque et le champ de ses possibles. On peut constater, sans trop forcer le trait, une sorte de Burn Out d’un modèle de pensée qui tend plus à se recycler qu’à se re-féconder. Pourtant rien n’est plus normal finalement puisque nos habitudes de pensée trouvent leur fondement dans cet héritage grec dont nous avons peut-être un peu épuisé le capital sur le plan de ses fondamentaux. Alors que le changement actuel ne laisse rien de côté, nous faut-il encore passer autant de temps à « cogiter » le monde plutôt qu’à en conduire utilement les transformations pour assurer sa meilleure viabilité à venir ? Aussi, le déclin que nous pouvons observer, loin de devoir nous alarmer, devrait-il nous tenir mobilisés pour accompagner ce mouvement d’ensemble qui amorce l’ère d’un nouvel essor.

En occident on «définit » et on « mesure »…
Notre culture de la rationalité se découvre dans des formules anodines qui pourtant reflètent le point de vue que nous posons sur la réalité. Par exemple, nous avons cru bon devoir définir un âge de raison ou encore l’âge exacte de la « majorité ». Dans nos contrées tout se mesure…se définit…ou presque …telle est l’une des autres évidences qui focalise nos facultés de penser autour de normes et de références. On ne connaît aujourd’hui que trop l’impact négatif de cette mesure normative qui soumet le réel à ses références abstraites. « Normal » ou « Anormal », « Bon ou Mauvais, « Fort ou faible » autant de qualificatifs qui permettent de « mesurer » un individu et de lui accoler une étiquette qui a pour seul mérite d’être facile à lire autant qu’elle est pauvre dans ce qu’elle donne à penser. Que peut offrir de fécond des assertions telles que « il est plutôt introverti » lorsqu’il s’agit d’accompagner le développement d’un individu ? Car, en effet, d’une situation à l’autre, il trouvera plus de cohérence à être soit « initiateur » soit « récepteur ». Cette tendance à vouloir définir nous renvoie à l’éternelle question chez nous de l’identité qui devrait être aussi lisible que la carte qui nous permet pourtant de sortir de nos frontières. Mais, si l’humain a bien montré une chose dans toute son histoire c’est la richesse autant que la complexité de son développement.

« To be or not to be »…est-ce encore la question ?
« To be or not to be »…telle semble encore demeurer la question qui perturbe parfois nos nuits sans sommeil. « Je veux devenir ce que je suis » peut-on entendre ici ou là. Mais que se passera-t-il au moment où je serai devenu celui que je suis et que j’aurai achevé le « fameux travail sur soi » en collant parfaitement à moi-même? Quelle sera alors ma marge de manœuvre pour continuer à évoluer lorsque j’aurai résolu l’équation de ma personnalité ?…
Pourtant…Quand les doigts d’un pianiste courent sur un piano qui pourra « définir » sa personnalité? Quand un alpiniste se trouve accroché à la paroi d’une roche qui pourra « définir » sa personnalité ? Quand un enfant réalise une expérience avec les moyens du bord qui pourra « définir » sa personnalité ? Quand un adolescent se jette à l’eau pour secourir un ami en train de se noyer est-il « extraverti » ou « introverti » ? Ces questions prennent alors une allure curieuse tant elles peuvent sembler incongrues au regard de la situation. On pourra toujours discuter des contours d’une personnalité en soulignant ce que nous appelons des « traits » de caractère qui renvoient comme à une vision « géométrique » de la personne. Mais, au final, en quoi est- ce réellement utile ?

D’où penser autrement le paradigme éducatif ?
Pour sortir de nos évidences culturelles, j’a choisi le dépaysement offert par divers environnements expérientiels qui m’ont donné l’opportunité de penser autrement le paradigme éducatif. Le « Concept du Continuum » de Jean Lidlof, la pensée chinoise et les travaux de Howard Gardner sur les formes d’intelligence m’ont offert ces paysages contrastés et cohérents à l’écart de nos évidences occidentales non pour me donner de quoi critiquer nos modèles mais afin de leur ouvrir de nouveaux possibles tant sur le plan théorique que situationnel.
Le Continuum, comme ailleurs culturel, pour bénéficier d’une expérience de l’enfance dans des environnements qui ne « cogitent » pas et qui n’identifient pas l’enfance à une séquence « isolable » mais l’appréhende simplement comme la germination d’un processus qui évoluera toute la vie…
La pensée chinoise, comme ailleurs de l’intelligence occidentale, pour appréhender ce qu’implique le continuum à savoir une dynamique de maturation et de transformations continues à l’écart de modèles prédéfinis.
Les Intelligences Multiples théorisées par Howard Gardner, comme ailleurs de la diversité, pour se ressaisir de toutes ces facultés observables dans la nature autres que celles associées aux seules intelligences mathématiques et linguistiques….
Ainsi, ces trois voyages, dans leurs écarts respectifs avec notre modèle, m’ont permis d’imaginer un «Ailleurs Educatif » en 3D qui permette de vivre autrement ce que nous appelons l’éducation.

Le Continuum…un processus qui ne « cloisonne» pas les âges de la vie…
L’ouvrage de Jean Lidlof et son expérience du continuum au contact des tribus de la forêt amazonienne m’a donné de quoi penser la vie humaine non comme une succession d’étapes indifférentes les unes aux autres mais comme un processus cohérent qui procèdent par maturations successives sans rupture fondamentale. Chez ces peuples, le nouveau-né intègre la vie sociale dès sa naissance par le biais du portage qui le met en interaction avec le monde qui l’environne. Rien n’est plus étranger à ces peuplades qu’une saison de l’enfance qui se vivrait à l’écart de la vie adulte dans un univers cloisonné destiné à le « préparer » au monde des « grands ». Cette séparation artificielle nous conduit aujourd’hui à penser en terme de générations x, y, z…, de classes (CP, CE1,…), de catégories socioprofessionnelles contribuant ainsi à éclater une société qui, sous couvert de diversité, cultive dans les faits les différences pour les catégoriser et les définir. Or, ces classifications quelles qu’elles soient, en fixant l’individu aux caractéristiques de son âge ou de sa classe, contribuent à figer toute expérience possible de la vie. En « CP » voilà ce que je vais apprendre, dans cette fonction voilà quelles sont les compétences requises, pour ma vie voilà le schéma type : l’école, les études, un job, un emprunt et une retraite bien mérité pour finaliser le tout et éviter toute surprise. Or, la vie ne vaut que par l’expérience personnelle qu’on peut en faire et par la mémoire qu’on en développe au fil des situations. Peut-on imaginer d’autre richesse durable que le savoir que nous puisons nous-mêmes de l’expérience et qui constitue notre seul capital à durée indéterminée. Tout le reste, qu’en restera-t-il ?

« Eduquer » ou « favoriser » l’interaction avec le monde…
Aussi, les nouvelles dynamiques éducatives devraient-elles montrer une vigilance particulière à offrir les conditions d’une expérience de la vie qui, concrètement, donne aux enfants la possibilité de se frotter aux choses, aux situations, aux rencontres et à tout ce qui rend la vie complexe, mouvante mais par là aussi passionnante. Nous avons un peu oublié dans nos pays occidentaux que les enfants peuvent se montrer habiles, souples, précis, prudents, adroits, rusés, ou encore inventifs, raisonnables, autonomes, assertifs…
Mais, comment toutes ces facultés peuvent trouver des appuis pour se développer si l’espace proposé n’offre pas ou peu de prise ? La vie n’est pas linéaire. Lorsque l’on observe des « anciens » qui sont parvenus à « réussir » leur vie, on peut constater une grande cohérence qui s’origine dans des « dons » perçus pendant l’enfance lesquels se sont affûtés autant que développés au fil du temps et des univers rencontrés. Si un chien ne fera pas un chat, n’enfermons pas, par exemple, des enfants ayant l’intelligence des situations dans des apprentissages abstraits à partir desquels ils ne produiront jamais quelque chose d’utile pour la société et qui ne leur permettra ainsi pas de contribuer à son évolution.

« Penser » le monde ou « observer » ses transformations…
Un autre univers de pensée a contribué à modifier mon regard sur le champ éducatif. J’ai pu trouver dans la pensée chinoise ce que le sinologue François Jullien appelle un écart pour penser autrement nos modèles historiques. Là où l’occident a développé une pensée de l’être dans sa stabilité, la Chine à conçu une pensée des transformations qui m’a permis d’appréhender les logiques d’actualisation du continuum humain. Ce dernier se déploie par alternance de continuation et de modification qui permettent autant d’aller au bout d’une possibilité mais aussi de la renouveler de façon cohérente pour ne pas épuiser la sève qui l’anime.
Ainsi, le changement ne peut pas être appréhendé de la même façon d’un côté ou de l’autre. La langue chinoise n’est pas conçue pour comprendre le monde mais pour soutenir sur le plan humain la capacité de participer au cours des choses. Le caractère, dans sa tension Yin-Yang, invite à cet agir qui participe d’une continuation. Cet agir là n’a rien de percutant comme celui de tous nos héros. Il n’impose rien de saillant tant il cherche à se fondre dans le cours des choses pour en activer la capacité initiatrice. C’est là tout l’intérêt d’un passage du côté de la Chine que de pouvoir réinvestir ce concept en se déprenant d’une langue qui ne peut faire autrement que de le saisir depuis son propre point de vue « logico-mathématique» ou « rationnel ». Rien n’est moins facile car il s’agit là d’abandonner un temps soit peu nos catégories habituelles pour nous laisser habiter de cet ailleurs qui nous donnera alors de quoi penser autrement une représentation épuisée de ne pouvoir véritablement se renouveler.
La pensée chinoise laisse entrevoir, depuis le point d’appui qui est le sien, la possibilité d’un nouveau départ : penser la vie comme une transformation continue pour sortir d’une pensée modélisée qui peine à voir le changement dans son incessant processus de renouvellement.
En s’appuyant sur cet ailleurs de la pensée qu’offre la culture millénaire de la Chine, nous sommes en mesure d’inventer un « non modèle » éducatif qui soit un apprentissage évolutif depuis notre arrivée sur terre jusqu’au jour de notre départ. Ce que nous appelons l’éducation tout au long de la vie, n’est finalement que cette capacité à ne jamais figer des acquis mais à poursuivre jusqu’à l’excellence la pratique du geste tout en préservant sa capacité à évoluer au gré des situations et des incitations de la vie pour simplement vivre la vie. Car Vivre, finalement, n’est-ce pas oser la dissidence silencieuse à l’écart de tout ce qui pourrait vouloir figer notre vitalité?

Langage + mathématique=Education Humaine ?
Le troisième ailleurs dans lequel je suis allé voyager pour sortir de nos paradigmes provient des travaux de Howard Gardner sur les formes de l’intelligence qui donne très concrètement de quoi penser une éducation qui ne soit plus prisonnière des seuls apprentissages classiques de la lecture, de l’écriture et des mathématiques. Ces travaux nous donnent la possibilité de trouver comment sortir des limites du paradigme occidental pour entrer dans l’observation de la bio-diversité sans le filtre de nos modes de pensée. Les animaux marins sont en capacités d’envoyer des messages, les éléphants de peindre, les cacatoès de danser un rythme, les chats de ruser en feignant la mort, des chiens de guider habilement des malvoyant…Dès lors que l’on observe des facultés indifféremment de leur « nature » on s’aperçoit de la richesse infinie de notre système écologique et cela ouvre des perspectives inédites. Penser par le bais de l’intelligence peut potentiellement nous piéger car nous risquons toujours alors de positionner l’humain comme un être totalement à part de l’environnement dans lequel il est amené à évoluer simplement en raison de ses facultés d’abstraction.
Or, si nous nous en tenons aux facultés observables dont l’efficience et la justesse produit un résultat visible, il nous est alors possible d’envisager un champ infini de combinatoires qui respectent la complexité. L’écologie du XXIème si elle se veut durable s’affirmera sans doute comme une nouvelle culture interactive entre l’homme et l’ensemble des environnements qu’il côtoie. Elle s’appuiera aussi sur la capacité à regarder la variété infinie des habiletés présentes dans la nature sans y projeter notre« vision » des choses qui réduit souvent les « existants » à de purs objets de pensée.

Un terreau utile pour faire « pousser » des Talents…
Que peut nous apporter concrètement la théorie d’Howard Gardner ainsi que tous les développements et pratiques qui viennent autant la prolonger que l’affûter ? Aucune faculté ne se développe pleinement si elle ne trouve pas une utilité dans un environnement. Les enfants développent très tôt le langage car celui-ci leur est autant utile que nécessaire pour interagir avec leur environnement. On pourra par ailleurs observer, à l’écart des normes classiques, que ces facultés linguistiques ne se développent ni avec la même densité ni avec la même facilité naturelle chez les uns et les autres. Il y a donc bien des habiletés plus ou moins naturellement disponibles chez chacun d’entre nous. Certains enfants montrent très tôt une précision du geste, une disposition rythmique, des facultés logiques, une appréhension des volumes dans l’espace, des capacités mnémoniques, une intelligence des situations, une forme d’assertivité ou encore par exemple le talent de mettre en place une solution concrète à un problème. Ainsi lorsqu’avec bienveillance nous évoquons les capacités de l’enfant nous devons être précis sur ce que nous pouvons observer. C’est le seul moyen que nous ayons de détecter cet infime pousse qui sort de terre et dont nous pourrons accompagner la croissance sans gêner sa maturation. Qu’importe l’âge auquel un enfant se montre en capacité de lire tant que l’environnement lui permet de développer des aptitudes qui sont en cohérence avec ses dispositions naturelles. Dès que cela lui sera vraiment utile, on observera alors cette fameuse « explosion » qui se manifeste par un rapide développement en raison de l’utilité alors manifeste pour l’enfant.

Des univers d’apprentissages cohérents…au regard des habiletés naturelles…
Tout l’enjeu pour les « accompagnants » relève alors d’une posture qui consiste à proposer des apprentissages cohérents avec les habiletés et la maturité de l’enfant. Une habileté n’a ni couleur, ni âge, ni croyance car elle ne fait qu’opérer en demeurant indifférente à ce que l’on peut projeter sur elle. Elle ne peut en revanche se développer sans un environnement pour lequel sa contribution sera utile ou cohérente là où elle est amenée à se déployer. Aussi, le nouveau paradigme pédagogique doit-il se montrer attentif à quitter un modèle qui visait d’avantage à faire acquérir des connaissances plus qu’à développer des talents. Or, nous le savons par expérience, une grande partie des savoirs théoriques que nous avons acquis pendant notre jeunesse ne nous ont pas été d’une grande utilité parce qu’il n’étaient pas impliquées dans cette expérience des choses qui aurait permis le développement d’une mémoire expérientielle utile au regard du cheminement de l’individu. Sans interaction avec le monde, pas d’expérience ; sans expérience pas de mémoire-ressource permettant d’évoluer ; sans cette ressource capitale….l’évolution se dissout au profit d’une vie fixée par modèles procurés…
Mais la vie n’a pas besoin de modèle puisque finalement elle est indifférente à nos idées…Elle ne fait que vivre…en dépit ce que nous en pensons…Elle poursuit ses transformations nécessaires au développement de son histoire. Car, finalement, sans continuité et évolution le cours des choses soit devient incohérent soit se fige.

Un Printemps de l’éducation…entre Hiver …et Automne…
Si nous voulons un Printemps de l’éducation, nous devons accepter de laisser l’hiver dissoudre nos vieux modèles de pensée en acceptant aussi que la récolte ne se fasse qu’au terme d’une maturation silencieuse dont nous ne pouvons déterminer le terme. Sans maturation, veine sera la récolte. Prenons le temps de penser. Pensons nos temps d’action. Interagissons dans l’apaisement pour contribuer à nourrir chacun là où nous sommes ce grand mouvement dont nous pouvons observer l’émergence à travers le monde. Et laissons à nos enfants la possibilité de transformer par eux-mêmes les environnements d’apprentissage en s’appuyant naturellement sur nos expériences et les compétences qui sont les nôtres pour continuer cette grande aventure de la Vie…

Sans jamais quitter le terrain de la Vie….

Car…

La vie n’a pas les limites que nous nous fixons. Non que tout nous soit possible mais qu’à force de viser telle ou telle destination on manque à découvrir ce continent encore inconnu. La vie peut-elle se laisser réduire à quelques formules ressassées? Notre ennui ne provient-il pas de tous ces objectifs que nous atteignons sans surprise? Pourquoi faudrait-il que nous soyons sans cesse soumis à ces visées abstraites qui nous font manquer la saison qui ne se reporte pas et qui participe pourtant à l’œuvre de maturation?
D’un moment à l’autre la vie cherche à se dire à travers nous. Mais, nous n’avons pas le temps car nos agendas ne lui laisse plus de place. Tout est bien planifié. Rien n’est laissé au hasard de sorte que la croissance soit bien maîtrisée. On est « speed » à longueur de journées. Jamais le temps de s’arrêter pour investir un moment et le laisser venir. Regarder un enfant courir, tenir une main chaleureuse, écouter le vent souffler dans les branches, s’allonger sous un soleil radieux, savourer un verre de vin, écrire un mot charmant à cœur ouvert, se laisser attendrir par un visage aimé…Faut-il que nous soyons déjà morts pour ne plus pouvoir accueillir ce que la vie nous donne à vivre?
On parle tant pour ne rien dire. Soit la vie est pleinement vécue et il n’y a plus grand chose à en dire; soit on s’efforce de la dire et c’est qu’elle n’offre déjà plus grand chose à vivre. On brasse des idées, on organise des réunions, on échange des points de vue, on pratique le développement personnel, bref on n’en finit pas de donner de l’épaisseur à un ego qui ne sait plus quoi faire pour se sentir exister.
Notre nature nous devient étrangère car nous avons appris à maquiller la vie de tous les colorants possibles. A force d’en avoir plein la vue, notre regard ne sait plus se laisser toucher par l’infime contraste qui pourrait le nourrir. Autant de rires, autant de larmes: rien au-delà, rien en-deçà, tout est là pour ceux qui acceptent la vie telle qu’elle s’en vient telle qu’elle s’en va. Vivre. Parfois si proche. Parfois si loin. Pourtant si simple.
On passe sa vie à penser plutôt que de penser à vivre…Aller doucement…ouvrir les yeux….et découvrir…
Et puis…souffler ce vent de fraîcheur…sans bruit….ici…là…un peu partout…

Liberté….
d’expérimenter un chemin…
Disponibilité….
des ressources…les uns pour les autres…
Humanité….
d’un Vivre évolutif

Eymeric de Saint Germain est spécialiste des Talents et de la pédagogie Montessori ; il travaille sur le champ du déveleppement des Talents chez les adultes et les enfants.

 Micro-bibliographie pour voyager dans les trois « ailleurs » évoqués en cours de route :
 - Jean Lidlof et Véronique Van den Abeele, Le concept de continuum, A la recherche du bonheur perdu, Ambre 2006.
 - François Jullien, Les transformations silencieuses, le Livre de Poche, 2010.
 - Howard Gardner, Les intelligences multiples, Metz, 2008.

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